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A 25 ans (génération 1997), le n°45 mondial Maxime Cressy a un lourd héritage à porter sur ses épaules : Il est l’unique joueur dans le Top 100 à faire 100% service-volée sur toutes les surfaces et un des derniers représentants dans le monde professionnel d’un style de jeu en voie de disparition.
Né à Paris, ce joueur d’1m98 pour 84kg possède la double nationalité franco-américaine et il joue sous les couleurs du drapeau étoilé. Maxime Cressy a vécu 16 ans en France avant de partir aux Etats-Unis et il fait partie des pros issus du championnat universitaire américain où il a explosé tennistiquement dans la prestigieuse faculté de Los Angeles, UCLA.
Arrivé avec le statut de remplaçant à 1/6 – 0, il a terminé son cursus parmi les meilleurs joueurs du pays, avant de se frayer en deux ans et demi seulement, qui plus est pendant la période Covid, un chemin au sein des 100 meilleurs tennismen du monde. Tennis Legend a rencontré Maxime Cressy à Roland-Garros. Entretien.
« Tout est possible ! »
« Depuis l’Open d’Australie, tu as eu énormément de défaites accrochées, de matches qui n’ont pas tourné dans ton sens. Comment analyses-tu cela ?
J’ai peut-être eu un peu trop de satisfaction personnelle par rapport à ce que j’ai accompli en Australie (huitièmes de finale contre Daniil Medvedev). Après, cela fait partie du tennis. J’ai expérimenté des hauts et des bas plusieurs fois dans ma carrière et je pense que ce bas fait partie du processus. Il faut que je l’accepte et que j’ai une attitude optimiste.
Il faut toujours y croire. Le plus important pendant les bas est de rester focaliser sur où je veux aller avec le service-volée et d’être persistant.
Où veux-tu aller ?
Je veux gagner des Grands Chelems en faisant service-volée et devenir n°1 mondial. C’est ce que je visualise.
Ce n’est plus l’ère du service-volée, qu’est-ce qui te fait penser si fort que tu peux y arriver ?
Je crois en la visualisation. Je crois que tout est possible. Si tu te mets en tête quelque chose et que tu continues d’y croire, peu importe ce qu’il arrive, cela finit par se produire.
Ce n’est pas ta surface prédilection mais aimes-tu la terre battue ?
De mieux en mieux. J’ai joué sur terre quand j’étais plus jeune, mais à partir de 17/18 ans, à l’Université, je n’ai jamais joué sur terre pendant cinq ans. En Futures, je n’ai pas fait de tournois sur terre. J’étais direct Top 200 quand j’ai commencé mes premiers tournois sur cette surface.
Entre un service-volée sur terre et sur dur, quelles vont être les différences ?
Je travaille plus les zones et les effets sur terre. Je fais plus de Kick et de Slift (Slice lifté). Sur dur, je sers plus à plat.
Le retour-volée est plus difficile. Je dois discuter avec mon équipe pour pouvoir adapter mon jeu sur la surface sur les jeux de retour. Il faut que j’arrive à mixer l’agression et l’attente. Sur terre, si je suis trop agressif, le joueur me contre et j’ai moins le temps de m’organiser.
Je suis perfectionniste. Je veux être un top player sur toutes les surfaces mais je dois être plus indulgent avec moi-même, moins dur, et accepter que la terre ne soit pas la meilleure surface pour moi dans ma carrière.
« J’ai le sentiment que je peux devenir imbreakable. »
Mentalement, quand tu te retrouves engagé dans un échange, il se passe quoi ?
En ce moment, quand je me retrouve engagé dans un échange, je ne suis pas assez à l’aise. Je suis trop « Il faut que je monte au filet ». Si je veux arriver dans le Top 10, il faut que je sois un très bon joueur de fond de court.
La difficulté est de travailler quelque chose qui va me permettre d’évoluer mon jeu tout en gardant le service-volée. C’est la prochaine étape pour moi.
Quand tu te fais passer au filet. Arrives-tu à te dire : ce n’est pas grave, c’est juste un point ? Beaucoup de joueurs sont démoralisés et ne montent plus quand ils viennent au filet et se font trouer.
Si un joueur réussit un superbe passing, il doit le refaire encore et encore et encore pour me battre. Il doit le faire quatre fois par jeu pour me breaker. C’est ma mentalité.
Mais si je peux encore améliorer ma couverture au filet, ma première volée, mon service, j’ai le sentiment que je peux devenir imbreakable sur n’importe quelle surface.
Un conseil pour un serveur-volleyeur sur terre ?
Sur terre, je dirais : Accepte de te faire plus retourner. Accepte de faire plus de volées et continue d’y croire aussi. Ne remets pas en question le service-volée, même sur terre.
Tu parles souvent de croyance, de visualisation, de confiance en soi. Tu bosses cela comment ?
Je lis des bouquins sur le mental et j’applique les exos de visualisation qu’ils proposent. Je fais de la méditation et des affirmations aussi. Une affirmation, c’est une phrase pour me booster pour dire « Je vais y arriver, je vais y arriver. » et de me répéter ça tous les jours malgré les défaites, malgré les hauts et les bas.
Je n’ai pas de préparateur mental. Je parle beaucoup du mental avec mes entraîneurs (Romain Sichez et Armand D’Harcourt), donc j’estime qu’ils sont aussi des coachs dans ce domaine. On parle presque plus du mental que du tennis.
« Il faut accepter d’être différent et y croire même si 99% des gens n’y croient pas »
Ça fait quoi d’être le dernier représentant des serveurs-volleyeurs ?
Très difficile car il faut accepter d’être différent et y croire malgré le fait que 99% des gens n’y croient pas. Mais c’est possible !
Quand on pense à Edberg, Sampras, Rafter, McEnroe, tu as quand même un lourd héritage à porter sur tes épaules ?
Bien sûr, mais c’est pour ça que j’ai l’ambition avec le service-volée de gagner des Grands Chelems et de continuer la tradition.
Tu restes encore peu connu du public français malgré ton parcours à l’Open d’Australie. D’ailleurs, tu joues sous le drapeau américain. Je ne suis pas sûr qu’une personne qui découvre le tennis aujourd’hui sache que tu es également Français. Peux-tu revenir sur ton parcours ?
Je suis né à Paris. J’ai commencé le tennis à cinq ans et je jouais au Lagardère Paris Racing. J’ai joué de cinq ans à seize ans en France. J’étais 1/6 à 16 ans mais je ne faisais plus partie des meilleurs à cet âge-là. J’étais en Pôle Espoirs à Boulouris de 12 à 16 ans.
« J’ai décidé de faire service-volée à 14 ans. Mes coachs n’étaient pas d’accord. »
Tu faisais déjà service-volée ?
J’ai fait service-volée à partir de 14 ans. C’était quelque chose qui me faisait kiffer, donc j’ai voulu le faire. J’étais un joueur de fond de court. A un moment, j’ai fait service-volée pour le fun et j’ai kiffé. Depuis, je n’ai plus arrêté.
Donc à 14 ans, en Pôle Espoirs, tu arrives à l’entraînement un jour et tu dis : Je veux faire service-volée.
Mes coachs n’étaient pas d’accord mais ça ne m’a pas empêché de continuer. Pendant deux ans, ils m’ont fait bosser service-volée mais c’était difficile car je n’avais pas les résultats. Cela prenait du temps. Je prenais du plaisir mais ça ne payait pas. Je n’ai pas trop progressé au classement. J’ai fait 3/6 => 2/6 et 2/6 => 1/6.
A 16 ans, tu choisis de partir aux Etats-Unis pour le tennis ou les études ?
Pour les études. Je suis allé à Los Angeles. Je suis allé dans une académie pour me préparer à l’Université et j’ai été recruté par UCLA, l’université n°2 au classement dans le pays, pour être un joueur de double. J’étais assimilé à 0 mais ce sont des mecs à -15, -30 qui jouent en simple. J’ai commencé le simple ma deuxième année là-bas. La première année, soit j’étais remplaçant, soit je jouais le double. Il y avait 9/10 joueurs dans l’équipe et j’étais l’un des derniers en simple.
En arrivant là-bas, tu progresses immédiatement ?
J’avais la volonté de jouer. C’est ça qui m’a donné ce feu en moi pour progresser. La dernière année, j’ai fini meilleur joueur en simple et en double.
Quelle est la formule d’une rencontre universitaire ?
Il y a six simples et trois doubles. Les matches se jouent en deux sets gagnants.
« Il y avait du trash talking avec Arthur Rinderknech »
Dans une université comme UCLA, quel est ton statut social en tant que joueur de tennis par rapport à un Quarterback, par exemple ?
On est assez réputés mais moins que les autres sports malheureusement. Le tennis est moins réputé que le basket, le baseball ou le foot américain, mais il y avait quand même beaucoup de monde dans les tribunes.
As-tu des anecdotes sur des matches chauds ?
Dans la même année, j’ai gagné deux matches décisifs contre la fac rivale, USC (University of Southern California). Tu as tous les gens des deux universités qui sont là à te regarder, à te supporter, et des centaines de spectateurs. Quand tu gagnes, tous tes partenaires viennent sur toi.
C’est une ambiance à la sauvage ou bon esprit ?
Un peu à la sauvage. Il y a beaucoup de trash talk, mais cela ne me rentrait pas dans la tête. D’ailleurs, il y avait du trash talking avec Arthur Rinderknech qui était à Texas A&M. Il faisait du trask talking sur moi pendant le match contre le Texas. On en discute parfois, c’est marrant.
Tu étais du genre à trash talk ?
Je ne le faisais pas beaucoup. J’étais assez calme.
Il y a des joueurs réputés pour parler énormément ?
Oui, beaucoup. Surtout contre les équipes rivales. C’est assez intense (rire).
Quand tu joues en Division 1, l’équipe se déplace partout aux Etats-Unis ?
Partout, oui. Quand tu es une grande équipe, tu as moins besoin de te déplacer. Les autres équipes viennent vers toi en général. On a le pouvoir de recevoir. C’est un avantage, on voyageait un peu moins comme on était n°2 du pays.
Est-ce que la légende des déplacements en jet est vraie ?
Non, pas en jet. Dommage. On était en économie (rire), même pas en business.
Steve Johnson, la légende du tennis universitaire
Y a-t-il une légende du championnat universitaire américain ?
Steve Johnson. Il a un énorme record. Il a gagné, je crois, 70 matches d’affilée en simple.
Et toi, tes records ?
En double, j’ai fait une saison où on a été imbattables.
Fais-tu le circuit de double ?
Pas beaucoup, mais je vais commencer à en faire. Je joue avec Feliciano Lopez là (interview réalisée à Roland-Garros). Il m’a contacté sur Insta pour me demander (rire).
C’est compliqué de s’investir à fond en simple et en double sur le circuit. Penses-tu que tu peux le faire ?
Je pense que c’est bien de faire les deux pour la confiance, pour enchaîner des matches. Il y a des rencontres après l’Open d’Australie où j’ai perdu difficilement parce que je n’avais pas assez de matches dans les jambes. Si j’avais fait un peu de double, cela m’aurait donné, je pense, cette confiance que je recherche.
Je pense à l’exemple de Kristina Mladenovic qui gagne énormément en double mais qui a du mal à transférer cette confiance en simple.
Dans ma carrière, cela m’a aidé de faire du double. Les victoires en double m’ont donné confiance en simple. C’est quand même du service-volée.
Après l’Université, quelle a été ta progression pour arriver où tu en es aujourd’hui ?
Quand j’ai commencé le circuit, je devais être 600e mondial et je suis monté 170 en cinq mois. Les deux mois suivants, je suis arrivé à 160 et il y a eu le Covid ensuite. C’était dur ! Cela fait seulement que deux ans et demi que je suis sur le circuit mais il y a eu le Covid dans ce laps de temps.
Tu as des petites anecdotes sur les tournois Futures ou Challengers ?
J’ai gagné un tournoi Future en double aux Etats-Unis et je devais faire le même jour les qualifs d’un autre tournoi. J’arrive en finale du double. Je dois prendre la voiture pour aller sur l’autre tournoi jouer le premier tour de qualifs, puis je reviens pour faire la finale. Je gagne le double, et je repars pour faire le deuxième tour des qualifications. Il y avait 2/3 heures de bagnoles à chaque fois.
Tu as encore très peu d’expérience sur gazon.
Je n’ai joué que trois tournois sur gazon l’année dernière. Je n’avais jamais joué dessus avant. J’ai adoré. C’est parfait pour le service-volée. C’est de loin ma surface préférée, mais les courts en dur sont bons pour mon jeu aussi.
Merci Maxime, on espère de voir briller à Wimbledon ! »
