Partager la publication "Confessions de ramasseurs de balles à Roland-Garros"

Ils s’appellent Maylie, Tommy, Florent. Chaque jour pendant Roland-Garros, ils sont programmés avec Nadal, Murray, Djokovic, Muguruza, Halep, et consorts sur le Philippe-Chatrier, le Suzanne-Lenglen ou un autre court. Ils sont passionnés de tennis, ratent deux à trois semaines de cours pendant le tournoi, et ils font partie des 260 ramasseurs de balles présents sur les Internationaux de France 2017. Tennis Legend les a questionné pour connaître les habitudes des joueurs et pour découvrir qui a une bonne ou une mauvaise réputation. Leurs réponses, pêle-mêle.
Les habitudes des joueurs avec les serviettes
– « Gasquet, il faut lui donner la serviette en boule sinon il ne la prend pas.
– Nadal, il prend tout le temps deux serviettes et il faut qu’on reste avec lui quand on la lui apporte.
– Il y a aussi des joueurs qui veulent des grandes serviettes de plage, comme Nadal et Wawrinka.
– Gilles Simon, il prend sa serviette à tous les points, mais vraiment à tous les points, et, si on ne lui apporte pas, il va s’énerver. »
Les petites manies avec les balles
– « Gasquet, il veut toujours la balle avec laquelle il a gagné le point.
– Il y a des joueurs qui ne prennent qu’une seule balle pour servir, comme Serena Williams. Du coup, s’ils ratent leur première balle, il faut être attentif.
– Il y en a d’autres qui ne veulent pas d’équilibrage aussi. Ils ne veulent pas qu’on se passe les balles derrière eux. Almagro est dans ce cas. (Ndlr : L’équilibrage, Quésaco ? Les deux ramasseurs au fond du court du côté du serveur sont censés, dans l’idéal, avoir deux balles chacun avant le service. Si un ramasseur a trois balles et qu’il a le temps, il doit en envoyer une à son partenaire pour « équilibrer ».)
– Tsonga, il veut des balles tendues et il fait parfois relancer la balle au ramasseur si elle n’est pas bien lancée.
– Il y a aussi deux joueuses qui ont des particularités mais elles ne sont pas dans le tableau. Sharapova, elle prend toujours les balles du côté où elle va servir et elle en prend toujours trois. A 0/0, elle les prend à droite. A 15/0, elle les prend à gauche. C’est une habitude à connaître. Et Azarenka, il me semble qu’elle prend toujours les balles du côté de la chaise d’arbitre. Elle ne les prendra jamais aux ramasseurs qui sont en face de la chaise.
– Sinon, Rafa, il jette toujours sa balle derrière lui à droite. »
Les joueurs les plus sympathiques et les plus chiants
« Gaël Monfils, il dit « merci » à chaque fois. Tsonga, il est grave gentil aussi. Gasquet et Mannarino, ils ne sont pas cool. Richard, il te jette souvent la serviette. Murray, il est toujours super tendu et il veut qu’on lui donne tout super rapidement. Si on fait une erreur avec lui, il va commencer à s’énerver », déclarent les trois ramasseurs.
Et quand les noms de Michael Llodra et d’Arnaud Clément, qui n’avaient pas une bonne réputation, sont évoqués, Kylian, le responsable des ramasseurs présent lors de l’interview, entre dans la discussion : « Ils le savaient en plus. On a déjà eu des retours de Clément. Il savait qu’il pouvait être ignoble avec tout le monde sur un terrain, avec son staff, les juges de ligne, les ramasseurs. Il y avait tellement d’enjeux et de pression qu’il n’arrivait pas à se contrôler là-dessus, mais, dans la vie de tous les jours, il est vraiment adorable. »
Le système d’évaluation des ramasseurs de balles
En plus de connaître ou de découvrir les habitudes des joueurs et de s’y adapter, tous les ramasseurs de balles présents à Roland-Garros sont évalués tous les jours par les évaluateurs qui s’occupent de leur court. Sur le terrain, tout rentre en compte : la vitesse de réaction, l’adaptation aux joueurs, la vitesse des « roulers » (Ndlr : Quand les ramasseurs font rouler la balle au sol pour la déplacer), la précision des roulers et le travail en équipe. En dehors du court, le comportement des jeunes est également jugé. Les évaluations de chacun sont ensuite répertoriées quotidiennement dans un tableur Excel.
Sur la première semaine d’évaluations, les ramasseurs sont répartis en trois zones :
– Les courts télévisés ou Zone A (Central et Suzanne-Lenglen)
– Les courts de transition (1, 2, 3, 4, 5, 6)
– La zone B (tous les autres terrains)
Par exemple, si un ramasseur fait une bonne journée, il va passer de la Zone B aux courts de transition. S’il valide sa transition, il peut aller directement sur la zone A. « En deux jours, tu peux te retrouver sur le Central, explique Kylian. L’objectif est de faire tourner un maximum de jeunes sur la première semaine du tournoi pour qu’ils voient un maximum de grands matches et qu’ils aient la possibilité de s’adapter aux grands courts. » Sur la deuxième semaine, les meilleurs sont sur les grands courts mais quasiment tous les ramasseurs restent à Roland-Garros pour officier sur les autres compétitions (Tournoi des légendes, juniors, tennis en fauteuil). « Ils ramassent tous au moins jusqu’au mercredi », précise le responsable.
220 nouveaux ramasseurs chaque année pour 3500 candidats
Sur les 260 ramasseurs de balles présents sur les Internationaux de France figurent 2 Australiens et 8 Chinois, ainsi que des jeunes en provenance des DOM-TOM. Une trentaine d’anciens ramasseurs reviennent chaque année sur le tournoi. « On ne prend pas les 30 meilleurs mais les 30 qui ont le meilleur comportement pour encadrer les nouveaux et les aider », confie Kylian.
Chaque année, il y a donc 220 nouveaux ramasseurs de balles sélectionnés parmi 3500 candidats après deux phases de tests. La première a lieu sur une dizaine de sites en province et un sur Paris. A travers huit ateliers, les capacités d’adresse, d’habilité aux lancers, aux roulers, et les capacités physiques des prétendants sont mises à l’épreuve. Les sélections sont ouvertes de 11 à 16 ans. « A 11 ans, les enfants savent qu’ils ne peuvent pas faire Roland-Garros mais ils viennent tester les épreuves pour s’entraîner », explique Kylian. Ensuite, pendant les vacances scolaires, un stage de cinq jours est organisé à Paris pour leur apprendre le système du ramassage. Ils sont environ 400 pour 220 places lors de cette deuxième phase.
Une fois à Roland, les ramasseurs peuvent ensuite vivre de grands moments, parfois de solitude…
