Partager la publication "Benoît Paire : « A 18 ans, je voulais passer mon DE et donner des cours. »"

Son éclosion fulgurante à 18 ans, son style de jeu, son caractère, son comportement, son professionnalisme, ses coups de génie, ses pétages de plombs, Benoît Paire a abordé tous ces sujets dans une interview croustillante accordée à Tennis Legend au Masters 1000 de Paris-Bercy 2017.
« J’ai toujours joué comme ça. »
“Tu as un style de jeu particulier : ton revers est meilleur que ton coup droit et tu fais beaucoup d’amorties. As-tu toujours joué comme ça ?
– Oui, depuis que je suis tout petit, j’ai mon style de jeu. Mon revers est largement meilleur que mon coup droit, je fais des décalages revers, et je fais beaucoup d’amorties. Le revers a toujours été un coup naturel pour moi, mais mon coup droit s’améliore petit à petit. Maintenant, j’essaie de vraiment axer mon travail là-dessus car je pense que je peux aussi faire pas mal de coups gagnants avec mon coup droit. J’essaie de moins me décaler et d’avoir plus confiance en ce coup.
Tu étais « seulement » -2/6 à 18 ans, en 2007, et tu es monté -30, après une très grosse saison. Quel fut le déclic ?
– Cette année-là, je me suis plus entraîné, j’ai été plus sérieux en match, un petit peu moins nerveux sur le court. Cela a porté ses fruits et j’ai passé un cap. J’ai notamment gagné mon premier tournoi Future en 2007 (ndrl : à Bourg-en-Bresse). Depuis que j’étais petit, je jouais au tennis pour m’amuser, je prenais du plaisir, puis j’ai pris conscience que je pouvais faire quelque chose dans le tennis et que ce n’était pas seulement du loisir.
« Je voulais passer mon DE, mais j’ai vite arrêté. »
Quand tu es -2/6 à 18 ans, est-ce que tu t’es dit : c’est un peu ma dernière chance d’être pro ?
– Je n’étais pas là à me dire : « c’est ma dernière chance ou pas ». J’essayais juste de jouer mon tennis, de faire de mon mieux, de m’entraîner plus, d’être plus sérieux, de bosser un peu physiquement, et de voir où cela allait me mener, mais je n’avais aucune certitude. Si j’allais un jour rentrer dans les 200, 300, dans les 1000, je n’étais sûr de rien.
Est-ce vrai que tu voulais passer ton diplôme d’Etat (DE) en 2007 ?
– Oui, je voulais passer mon DE cette année-là. J’étais allé à Sophia Antipolis dans une académie. Je faisais mes études en même temps et mon objectif était de passé mon DE, et de donner des cours après. Les études ne me plaisaient pas et ne m’intéressaient pas, mais il fallait un certain niveau pour passer le DE, donc j’ai voulu faire ça, mais j’ai très vite arrêté.
Quand tu passes de -2/6 à -30, tu perfes à combien ?
– Je gagne à Bourg-en-Bresse en Future, donc je bats des mecs bien classés. Je gagne contre Eric Prodon, qui était déjà numéroté, donc je pense que ma plus grosse victoire était contre lui.
Toujours en 2007, tu affrontes Guillaume Rufin, qui est sparring-partner cette année au Rolex Paris Masters, en finale des championnats de France 17/18 ans et il est écrit sur ta page Wikipédia que tu avais fissuré.
– Exactement, je me fais disqualifier. J’ai fini sur trois points de pénalité et il n’y a pas eu de balle de match. Ce n’était pas facile pour moi de revenir sur les tournois juniors. J’avais beaucoup de pression. J’étais en France, et tout le monde voulait que je gagne ce tournoi car c’était les championnats de France et je n’y avais jamais brillé. Je mettais mis beaucoup de pression, et, quand je m’en mets trop, je disjoncte. Du coup, je m’étais fait disqualifier contre Guillaume Rufin, qui jouait très bien. Il était vraiment au-dessus de moi en finale.
« J’ai arrêté de lire les commentaires des internautes. »
Tu as toujours été un joueur explosif et émotif sur un court. As-tu des souvenirs, des anecdotes de match avant que tu n’arrives sur le circuit ATP ?
– J’ai toujours été un peu fou, fait des choses particulières. Les moments où je n’ai pas été sérieux, j’en ai fait beaucoup, mais ce ne sont pas des bonnes choses et des choses à refaire, donc j’ai simplement envie de retenir le positif.
Peux-tu comprendre que ton style de jeu et ton attitude, dans un mauvais jour, puissent gêner et déranger le public ?
– Je peux le comprendre mais c’est ma façon de jouer et de voir le tennis aussi. Je suis là pour prendre du plaisir et pour m’amuser. Quand je suis sur un court, j’ai envie de faire des coups exceptionnels, même si ce n’est pas forcément le moment de les faire. Si j’ai envie de faire une rétro, je la fais. J’ai toujours été comme ça et je fais souvent ce que j’ai envie, même si cela peut énerver le public.
Sur l’Equipe, il y a quelques années, tu avais dit que tu lisais les commentaires des internautes. Est-ce toujours le cas ?
– Non, j’ai changé (rire). J’ai arrêté de lire les commentaires complètement stupides des internautes de l’Equipe. J’ai arrêté de les lire car on se rend compte que ce n’est pas la réalité. Cela ne reflète pas ce que les gens pensent vraiment, mais il y a certaines personnes qui vont s’amuser à commenter tous les articles pour critiquer tout le monde.
« Je joue mieux quand je profite de la vie. »
L’image que tu renvoies, est-ce important pour toi ?
– Oui, c’est important. Cela m’a toujours plu que les gens m’apprécient. Avant, je pouvais jouer pour les gens car leur regard était très important pour moi, mais il l’est beaucoup moins aujourd’hui. Maintenant, j’ai pris de la maturité et je joue pour moi, pour prendre du plaisir.
Pourtant, tu entretiens un peu ce côté « branleur », en postant des photos sur Instagram de McDo par exemple.
– En fait, je poste des choses qui me font plaisir contrairement à certains joueurs qui font attention. Je sais qu’ils vont au McDo, mais ils ne le partagent pas. Moi, j’assume simplement ce que je fais. Si j’ai envie de me faire un McDo et de prendre une photo d’un cheeseburger, je le fais, et je la mets sur Instagram parce que j’ai une vie, comme tous les gens. J’ai des petits plaisirs, je fais des soirées. Quand on est sportif professionnel, il faut, bien sûr, faire attention à certaines choses, mais il est important aussi de profiter. Je sais que je joue mieux quand je profite de la vie et que j’arrive à prendre du plaisir en dehors du court.
« Je serai toujours quelqu’un d’un peu différent sur le circuit. »
Donc, au niveau du professionnalisme, te considères-tu au même niveau que tous les autres joueurs ?
– Peut-être un petit moins. J’ai envie de me rapprocher d’eux car on se rend compte que des mecs comme Rafa bossent énormément et ce n’est pas pour rien qu’ils sont à ce niveau. Même s’ils ont un talent au-dessus des autres, ils bossent beaucoup. J’ai envie de me rapprocher de cela. J’y arrive petit à petit, mais je serai toujours quelqu’un d’un peu différent sur le circuit. Après, tout le monde est professionnel à sa manière. Moi, je le suis aussi et je n’ai pas été 18e mondial sans m’entraîner et sans faire de sacrifices.
Dans un bon jour, tu es conscient d’être un des joueurs les plus spectaculaires à regarder ?
– Les spectateurs, quand ils viennent voir mes matches, ils ont un petit peu peur de ce qu’il va se passer, mais ils savent qu’il peut y avoir des beaux coups, et c’est aussi pour ça que j’ai également beaucoup de soutien de la part du public.
A l’époque, c’est peut-être un peu moins vrai aujourd’hui, le public parisien, notamment à Bercy, était réputé pour être dur. As-tu déjà eu de l’appréhension avant de rentrer sur le court ici ?
– Oui, j’ai eu des appréhensions car ce n’a pas toujours été très facile pour moi au début à Bercy, mais je suis très content très d’être ici maintenant, et très content de jouer en France. Je ne me pose plus la question de parisiens, de sudistes ou quoique ce soit. Je suis juste là devant des Français qui veulent voir Benoît Paire gagner ses matches. J’essaie juste de leur donner ce plaisir et de faire de mon mieux.
Tu as d’ailleurs réussi à Bercy, en 2015, une volée rétro de légende avec un plan de caméra exceptionnel.
– Exactement. C’était un de mes plus beaux coups, l’effet était très beau, mais la caméra a tout fait. Je la vois encore en ce moment sur les réseaux sociaux et je suis quand même fier de cette volée.
« Evidemment que Tommy Haas n’est pas nul. »
Regardes-tu les hot shots et les highlights sur le net ?
– Oui, j’adore ça. Avec Gaël (Monfils) et Kyrgios, on se met souvent des highlights et on aime bien regarder ça.
Bon, Tommy Haas, il est nul ?
– Non, pas du tout. C’est un super joueur, je l’apprécie énormément et je le respecte beaucoup pour sa carrière. Il m’a mis 2 et 2 d’ailleurs. Après, on s’est vus dans les vestiaires. Je lui ai dit : « Excuse-moi pour ce que j’ai dit », mais il s’en foutait. Il était juste là pour faire son match et il sait très bien que l’on peut dépasser les bornes sur un court.
? “Il est nul…Completement nul” ?
Benoît #Paire n’avait pas la langue dans sa poche aux #MCRolexMasters ! pic.twitter.com/26nzrKcrAg— Le Sport Sur Canal (@LeSportSurCanal) 18 avril 2017
C’est typiquement le genre de phrases que disent les joueurs amateurs sur des tournois, mais il n’y a pas de micros et de caméras.
– Oui, c’est vrai. Tout le monde m’a démonté et m’est tombé dessus, mais tous les joueurs sont capables de le faire sur un match de tennis. Mais je suis professionnel, et je dois faire attention à ça et aux micros.
« Stan a les pieds carrés »
Tu es un fan de foot. Si tu dois faire un five avec des joueurs du circuit, qui prends-tu dans ton équipe ?
– Je prends beaucoup de Français. Gaël (Monfils), Richard (Gasquet), ça joue au top. Je prendrais Rafa, il joue pas mal, et je ne prendrais surtout pas Stan Wawrinka car il a les pieds carrés.
Donc tu mets Stan au goal ou pour couper les oranges ?
– Non, même pas. Au goal, je n’ai pas envie qu’il se blesse aux poignets. Stan, je le mets juste en supporteur.”
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1 COMMENT
C’est dommage que sur le terrain il transpire plus de fierté… Bonne interview