Partager la publication "Mathias Bourgue : « Je me suis trompé en me disant que j’avais un niveau de dingue. »"

Son match en cinq sets contre Andy Murray à Roland-Garros, ses anecdotes sur le circuit Challenger, son pote Lucas Pouille, Mathias Bourgue, 151 mondial, a évoqué de nombreux sujets à l’occasion d’une interview accordée à Tennis Legend avant son premier tour à Roland-Garros 2017 contre Borna Coric, 40e au classement ATP.
« Quand on est invité à Roland-Garros, quel est le tirage idéal ?
Je suis partagé entre jouer un mec où tu sais qu’il y aura match et que c’est du 50/50 et jouer un gros sur un gros court devant du monde. Si tu joues Nadal sur le Central blindé, c’est aussi un jour unique pour toi.
L’année dernière, tu avais réussi à faire les deux… (Ndlr : Mathias Bourgue, invité, avait franchi le premier tour contre Jordi Samper-Montana, 216e mondial, avant de perdre en cinq sets contre Andy Murray sur le Central.)
J’allais le dire. Le Roland un peu idéal, c’est de passer son premier tour contre un mec difficile à battre, mais prenable, et joueur en suite un gros match où tu kiffes.
« Je me suis trompé en me disant que j’avais un niveau de dingue. »
Pour le moment, ta défaite en cinq sets contre Murray en 2016, est-ce le meilleur souvenir de ta carrière ?
C’est le meilleur moment en termes d’émotions fortes car c’est le jour où j’ai joué devant le plus de monde et où j’ai le mieux joué au tennis. Mais c’est aussi le moment le plus dur car, derrière, ça a été hyper compliqué de retrouver de l’humilité, de repartir jouer des tournois de plus petites catégories.
Après, j’ai gagné le tournoi Challenger de Cherbourg cette année en indoor, une surface que je n’aime pas particulièrement. La semaine a été géniale mais hyper dure, avec des combats très difficiles tous les jours, donc c’est également un très bon souvenir.
Quand on repart au Kazakhstan ou ailleurs après avoir perdu en cinq sets contre le n°2 mondial sur le Central, cela ne doit pas être évident à gérer.
C’est sûr ! Quand tu goûtes au truc, tu prends vachement de plaisir et tu as envie d’y retourner. Moi, je me suis trompé en me disant que j’avais un niveau de dingue et que j’allais passer un cap vite fait, sauf que quand tu n’as pas l’humilité qu’il faut, tu perds contre des joueurs qui sont un peu mieux classés que toi et tu ne l’acceptes pas. Après, tu perds confiance et c’est hyper dur pour revenir.
Tu vas affronter Borna Coric au premier tour (40e mondial). Les joueurs du Top 100 ne te connaissent pas trop, mais tu ne les connais pas forcément non plus. Comment prépares-tu ces rencontres ?
Je ne le connais pas (Coric) mais je l’ai déjà vu jouer. Je connais son style de jeu et j’ai déjà regardé plein de ses matches. Après, je fais ma préparation de mon côté. J’essaye de bien m’entraîner, de bien récupérer, de faire ce qu’il faut pour être le plus prêt possible, puis j’en parlerai un petit peu la veille et surtout le jour du match avec mon entraîneur, mais je vois à peu près ce que j’ai envie de faire déjà.
Vous en discutez quand ?
On essaye d’en discuter une heure avant le match. Souvent, quand je pense à un joueur, j’essaye de lui en parler un petit peu avant. J’essaye d’amener un peu le truc en disant : Moi, je vois les choses un peu comme ça contre lui et on en discute. Puis la tactique, je l’ajuste un peu sur le terrain si je vois que cela ne fonctionne pas.
Quelle est la chose que tu préfères dans la vie de joueur professionnel et celle que tu aimes le moins ?
Toutes les émotions que l’on peut ressentir à travers un match. Quelles soient bonnes ou mauvaises, il se passe toujours quelque chose. Il n’y a jamais de routine quand tu vas en compétition.
Ce que j’aime le moins, c’est les journées de voyage. Quand tu prends l’avion, il ne se passe rien. Tu arrives à l’hôtel, tu es fatigué. Tu as l’impression de perdre une journée de ta vie à chaque fois que tu fais un voyage et c’est un peu chiant.
Quel est le plus dur mentalement pour un joueur classé au-delà de la 150e place du classement ATP ?
C’est de sentir que tu n’es pas loin mais que tu n’es pas encore dans le haut de la pyramide, les 100 premiers mondiaux. Tu es juste en-dessous et il y a un peu de frustration, d’impatience. Il y a une grosse envie d’y être et ça peut joueur des tours par moment.
« Les Chinois arrosaient le terrain pendant que je tapais. »
Quel est le pire tournoi Future ou Challenger auquel tu aies participé ?
C’était en Arménie. J’étais logé chez des gens, je partageais le petit-dej avec plein de personnes et je trouvais vraiment qu’il n’y avait aucune intimité. Le club était pourri aussi. Il y avait deux courts au bord de l’autoroute qui glissaient. C’était horrible.
Tu as d’autres histoires insolites dans le genre ?
L’an dernier, quand je suis allé en Chine. J’essayais de m’échauffer une demi-heure avant mon match. Les Chinois devaient préparer le terrain mais ils ne comprenaient rien. Du coup, ils arrosaient pendant que je tapais. J’ai changé de court et ils ont aussi arrosé le court d’à côté. Je n’ai pas pu m’échauffer.
Sinon, en Nouvelle-Calédonie en 2015, on venait d’arriver avec Manu (Ndlr : Planque, son ancien entraîneur) et Lucas (Ndlr : Pouille). C’était juste avant l’Australian, j’avais eu une Wild-Card qualifs et Lucas une Wild-Card tableau. Après la première journée d’entraînement, on va se baigner, je mets les pieds dans l’eau et là je sens que je me suis écorché. Je saigne un peu du pied sauf que ça me faisait hyper mal. Manu et Lucas m’avaient traité de chochotte. J’avais pu m’entraîner le lendemain car j’avais pris un anti-inflammatoire. Le soir, je me suis réveillé pour aller aux toilettes. Je suis tombé par terre, j’avais le pied énorme. En fait, j’avais marché sur un poisson pierre. J’ai été arrêté trois semaines. Du coup, je ne me suis plus jamais baigné à Nouméa. Juste à la piscine.
« Lucas Pouille a plus de maturité que moi par rapport à son métier »
Pour le moment, où s’est fait la différence entre Lucas Pouille et toi ?
A mon avis, il a plus de maturité par rapport à son métier que moi. Il fait des choix forts par rapport à son métier que moi je commence à faire. Et il y a une chose : pour le moment, il joue mieux au tennis que moi. Il développe plus de qualité. Si, avec cela, il est plus stable, cela va plus vite.
C’est quoi un choix fort ?
Par exemple, pour son tennis, le mec a décidé d’aller vivre à Dubaï. Et vivre à Dubaï, j’imagine que ce n’est pas rigolo. Tu as tous tes amis, et ta famille en France.
Et de ton côté, qu’as-tu fait comme choix ?
Déjà, j’ai engagé un préparateur physique personnel. Je me suis dit : je ne suis pas assez bon, je ne m’organise pas assez bien, je ne bouge pas assez bien. Il faut que je fasse un truc pour progresser. Ma méthode d’entraînement ne bougeait pas, donc j’avais envie de faire avancer un peu le truc.
C’est quand même un coût et c’est un choix que pas mal de joueurs ne font pas forcément, surtout quand tu es à la Fédé et que tu as tendance un peu à attendre de voir ce qu’il se passe sans forcément te remettre en questions. Tu fais avec le système. C’est la plus grosse décision que j’ai prise. Après, je fais plus de choix en fonction de mon tennis. Par exemple, si je dois faire un restau et boire un verre avec des amis, je vais aller dîner, mais je ne vais pas aller boire un verre car j’ai entraînement le lendemain. C’est un état d’esprit.
Avec ce que tu as gagné pour le moment sur le circuit, est-ce que tu as déjà fait une petite folie ?
Je kiffe le vin et je m’étais fait une énorme commande l’an dernier après avoir passé un tour à Roland. Sinon, pour l’instant je n’ai pas claqué de trucs en voitures, en montres. Ce n’est pas trop mon genre. J’ai l’impression de ne pas le mériter encore pour m’acheter une telle chose. »
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