Partager la publication "Interview “souvenirs” avec Alex Corretja, double finaliste à Roland-Garros"

Alex Corretja a été n°2 mondial. Il possède 17 titres en simple à son palmarès dont le Masters en 1998. L’Espagnol a également gagné la Coupe Davis en 2000 et il s’est adjugé, cette même année, la médaille de bronze en double (avec Albert Costa) aux Jeux Olympiques de Sydney. Solide joueur de dur, mais excellent joueur de terre, le natif de Barcelone nourrit néanmoins un énorme regret dans sa carrière : celui de n’avoir jamais remporté Roland-Garros malgré deux finales, en 1998 contre son compatriote Carlos Moya, et en 2001 face à Gustavo Kuerten. Aujourd’hui, après avoir été un temps entraîneur, Corretja est consultant pour Eurosport et il est également ambassadeur des Longines Future Tennis Aces, un tournoi organisé en marge des Internationaux de France sur le parvis de la Défense regroupant 20 joueurs de moins de treize ans et de vingt nationalités différentes. A cette occasion, le joueur ibérique a accepté de répondre à nos questions. Interview “souvenirs”.
« Quel est ton meilleur souvenir à Roland-Garros ?
J’ai gagné beaucoup de matches, j’ai été très régulier. J’ai atteint les quarts de finale cinq années de suite et j’ai fait deux finales, donc ce sont des bons souvenirs mais c’est également dur. C’est décevant de ne jamais avoir gagné.
Quel est ton pire souvenir à Roland-Garros ?
La défaite contre Kuerten en finale en 2001. C’est un moment compliqué. Des fois, je me demande pourquoi je n’ai pas gagné. Je menais un set, break, mais c’est la vie. J’ai l’esprit tranquille, je me suis donné à 100%, mais c’est dommage.
Quel a été ton meilleur match à Roland-Garros ?
J’ai battu Richard Krajicek sur le court n°1 (Ndlr : en 2000, victoire en quatre sets). Même s’il n’était un spécialiste de la terre battue, il était très agressif et servait très bien, et j’ai eu la sensation que je jouais mon meilleur match. J’ai très bien joué, très bien retourné, et j’étais super content de mes sensations.
Quel est le joueur qui t’a le plus impressionné durant ta carrière ?
Il y en a beaucoup. Cela dépend de la surface. Sur terre, Kuerten ou Muster. Sur dur, Agassi ou Sampras. C’était très dur de jouer contre eux, mais, pour moi, Roger Federer était le joueur le plus beau à regarder. Aujourd’hui, quand il est bien, cela doit être très difficile de jouer contre Djokovic. Rafa m’impressionne beaucoup aussi. Ce qu’il fait sur le court dans les matches au meilleur des cinq manches est incroyable.
Aimais-tu affronter des joueurs fantasques, qui peuvent faire n’importe quoi sur un court ?
Il y a beaucoup de joueurs qui font n’importe quoi sur le court (rire), mais ils sont sympas à regarder. Tu ne peux pas jouer comme eux, mais je trouve cela bien d’avoir des personnalités différentes.
Avec quels joueurs de ton époque es-tu toujours en contact ?
Du côté des Espagnols, Alberto Berasategui, et du côté des Sud-Américains, Chela, Zabaleta, Gonzalez.
Tu traînais dans les vestiaires avec ces joueurs ?
Quand tu es sur le circuit, c’est différent. Ce sont tes amis et en même temps tes adversaires, donc ce n’est pas facile, mais on avait de très bonnes relations.
Y avait-il des joueurs que tu n’appréciais pas trop ?
En quinze ans sur le circuit, je n’ai eu seulement qu’une discussion tendue avec un joueur.
Qui ?
(Il hésite à le dire) Avec Lleyton (Ndrl : Hewitt), on avait eu un problème une fois pendant la finale de la Coupe Davis en 2000 à Barcelone et au Masters. Depuis, on a parlé et les choses sont rentrées dans l’ordre.
Quel était le joueur le plus drôle.
Gaston Gaudio, il était très sympa.
Tu as dû arrêter le tennis à cause d’un problème à l’œil à 31 ans. Comment as-tu vécu la fin de ta carrière ?
Oui, c’était un peu bizarre. J’ai eu un problème à l’œil. Je me suis fait opérer et j’ai arrêté pendant six mois. J’avais 31 ans et je n’ai jamais pu reprendre les tournois. J’avais perdu beaucoup de vision, donc ce n’était pas facile. Je n’ai pas eu le choix. Je ne pouvais pas continuer mais j’étais beaucoup descendu au classement, au-delà de la 100e place, donc cela m’a fait mal mais ce n’était pas si grave.
(Il aurait pu aussi arrêter sa carrière après ce point 🙂
Après ta carrière, tu as été entraîneur. As-tu apprécié cette expérience ?
J’ai travaillé un peu de temps avec Andy Murray. Au début, on a collaboré sur terre battue, puis de façon générale. C’était une très belle expérience, puis je suis devenu capitaine de l’équipe d’Espagne de Coupe Davis. On n’a pas eu de chance puisqu’on a perdu le dernier point de finale contre la République tchèque en 2012.
As-tu envie de redevenir entraîneur ?
Non ! Je ne veux pas beaucoup voyager. J’ai eu beaucoup d’opportunités de travailler avec des joueurs mais je suis content avec la télé en ce moment. Je fais 8 à 10 semaines dans l’année et ça me suffit. Après, je veux rester à la maison avec mes enfants, avec ma copine, avec ma famille, avec mes amis d’enfance. Je suis content d’être ici, mais j’ai voyagé pendant 15 ans de 16 à 31 ans, donc j’ai envie de passer du temps chez moi en famille.
Joues-tu encore souvent au tennis ?
Non, pas beaucoup car pour jouer au tennis, il faut être très bien mentalement, physiquement, techniquement, et quand je joue au tennis, je me rappelle de ce que j’étais capable de faire avant, et j’ai la sensation de régresser. Mais quand je fais un autre sport, je vois que je peux progresser et la sensation est plus agréable (rire). Je joue un peu au padel, je fais un peu de golf, de vélo, et je m’entraîne physiquement avec un coach personnel. Tout seul, je ne ferais rien sinon.
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