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Richard Gasquet : “J’étais le meilleur en France mais il y a eu beaucoup trop d’attentes sur moi.”

Richard Gasquet : “J’étais le meilleur en France mais il y a eu beaucoup trop d’attentes sur moi.”

Richard Gasquet
Richard Gasquet, alias Richie le Biterrois. (Crédit : Alix de Beer)

Richard Gasquet était un véritable phénomène de précocité. Classé 15/4 à 9 ans, 2/6 à 12 ans, titré aux Petits As, à Tarbes, en 1999, champion du monde junior en 2002, et plus jeune vainqueur, à 15 ans et 10 mois, d’un match dans un Masters Series (à Monte-Carlo contre l’Argentin Franco Squillari 7/6 3/6 7/5), le Biterrois était tellement doué qu’il fit la une de Tennis Magazine à seulement 9 ans et qu’il fut surnommé le « Petit Mozart du tennis ».

Cette attente médiatique accompagna Richie et pesa sur ses épaules durant toute sa jeunesse. A défaut d’être devenu une légende du tennis, le prodige fait une belle carrière et il s’est hissé parmi les plus grands joueurs français. En marge de Roland-Garros 2016, Tennis Legend a rencontré Richard lors d’un événement organisé par le coq sportif, son équipementier. L’occasion de faire une interview « souvenirs de jeunesse » avec le n°12 mondial.

“Jamais tu ne t’attends à ce qu’un mec de 9 ans fasse la une. C’est grotesque.”

“Tennistiquement, quels souvenirs gardes-tu de ton enfance entre 4 et 12 ans ?

– Beaucoup de plaisir. Je me régalais. Je jouais avec mes amis, je faisais des matches par équipes, je jouais beaucoup avec mon père aussi. J’adorais le sport et le tennis était vraiment mon truc. Ça l’est toujours aujourd’hui mais ce n’est pas la même chose. Quand tu es jeune, tu joues dans ton club, avec tes amis. C’est le vrai plaisir.

A partir de quel âge les médias ont-ils commencé à te suivre ?

– Neuf ans, à partir de cette fameuse une de Tennis Magazine (Ndlr : Richard G., 9 ans, le champion que la France attend ?) qui m’a suivie à vie. Si c’était à refaire, je ne le referais pas car on m’en parle depuis 20 ans. Je ne m’imaginais pas les conséquences par la suite mais je l’ai fait avec beaucoup d’innocence.

La une de Tennis Magazine sur Richard Gasquet à 9 ans.
La une de Tennis Magazine sur Richard Gasquet à 9 ans.

Etais-tu au courant de ce que Tennis Mag allait publier ?

– Non, je ne pensais pas du tout faire la une. Jamais tu ne t’attends à ce qu’un mec de 9 ans fasse la une. C’est grotesque. Plus tard, je leur en ai presque voulu. Quand tu es jeune, avoir les projecteurs sur soi, ce n’est pas bon du tout pour se former. Mais à 9 ans, tu ne vois pas ce genre de chose et mes parents ne l’ont pas vu non plus. On n’avait pas du tout d’expérience par rapport à cela.

Quels souvenirs gardes-tu de ta victoire aux Petits As en 1999 ?

– De très bons souvenirs car c’est un grand tournoi qui est regardé par beaucoup de monde. Je me souviens qu’il y avait énormément de personnes dans les tribunes pour la finale. Pour des jeunes, c’est un truc incroyable les Petits As. Cela se rapproche d’un tournoi ATP. Il y a limite plus de monde parfois. Après, ce n’est pas parce qu’on gagne les Petits As qu’on va forcément faire une belle carrière, mais c’est un bon palier.

Tu bats Rafael Nadal en quarts, tu le connaissais déjà ?

– Oui, je le connaissais déjà. Je l’avais vu quelques fois sur des tournois. Il était déjà monstrueux. Il avait beaucoup d’énergie. Il était à droite, à gauche, tu le voyais dans tout le stade. Il jouait et il partait faire un foot après. Il avait déjà une énergie incroyable. C’est de ça dont je me rappelle de lui.

“Il va être dur à battre ce record”

Quels souvenirs gardes-tu de ta victoire sur Franco Squillari, 54e mondial, à Monte-Carlo en 2002 (7/6, 3/6, 7/5) ?

– Un souvenir impressionnant. Ça fait longtemps déjà ! C’était il y a 14 ans. Parfois, je n’y crois pas.

D’ailleurs, tu es toujours le plus jeune joueur à avoir gagné un match en Masters 1000 (15 ans et 10 mois).

– Au moins, il me restera ça ! Il va être dur à battre celui-là, surtout aujourd’hui avec les mecs qu’il y a en Masters 1000. Il faut battre un mec solide ! J’avais gagné un Satellite en Espagne. Aujourd’hui, il y a des Futures et, à l’époque, c’était des Satellites. Il y avait quatre tournois d’affilé, trois tournois et un Masters. J’avais fini deuxième et, grâce à ça, j’avais eu une wild-card à Monaco. Je m’étais qualifié, j’avais joué Squillari au premier tour et j’avais réussi à le battre. C’était incroyable. C’est des grands souvenirs car ce sont les premiers tournois où tu vois des mecs que tu as regardés à la télé. Tu as les yeux émerveillés de te retrouver là-dedans, de jouer des mecs pareils. C’est des sensations indescriptibles.

Tu étais stressé ou relâché ?

– J’étais relâché quand même car je n’avais rien à perdre mais ça fait bizarre. Tu te demandes si tu vas pouvoir tenir la cadence, si tu vas pouvoir réussir à jouer. J’ai joué Safin ensuite (Ndlr : n°6 mondial, défaite 6/4, 6/1). Tu le vois à la télé et tu te retrouves en train de t’échauffer avec lui. Cela fait partie des plus grands souvenirs. Derrière, par contre, ça te catalogue tout de suite comme un génie.

Même année, 2002, premier Roland contre Albert Costa (22e mondial) qui va gagner le tournoi derrière.

– C’était assez étonnant. Je menais 4/0 d’entrée, je jouais très très bien. J’étais complètement en chaleur. J’avais gagné le premier et je m’étais effondré physiquement ensuite (Ndlr : défaite 3/6, 6/0, 6/4, 6/3). Je me souviens qu’il était très crispé. Cela ne devait pas être facile de jouer un mec de mon âge. Il n’avait aucun droit à l’erreur. J’avais très bien joué mais je n’avais pas tenu la distance. Ça m’avait faire rire de le voir gagner, tour après tour, pour finalement remporter le tournoi.

“Baghdatis, je ne l’ai jamais battu en jeunes.”

Dans ta jeunesse, tu étais au-dessus du lot. As-tu le souvenir de matches amusants contre des joueurs de ta génération ?

– J’ai beaucoup gagné mais j’ai perdu des matches quand même. Chez les jeunes, je perdais souvent contre Berdych. Baghdatis, je ne l’ai jamais battu en jeunes. Des mecs étaient déjà très forts. Ce qui a faussé la vision des gens, c’est Monaco.

Mais contre un joueur de ton âge, quand tu montes de 15/4 à 2/6 entre 9 et 12 ans, tu devais bien sentir que tu pouvais faire ce que tu voulais.

– Pas tant que ça. J’en chiais, il ne faut pas croire. J’ai commencé à jouer Gaël (Monfils) en championnats de France cadets. J’en avais chié. J’avais gagné 7/5 au deuxième. Vers 14/15/16 ans, j’ai régulièrement perdu contre Berdych, Baghdatis. Je te jure, j’ai souffert sur tous les matches que j’ai gagnés dans ma vie. Justement, j’aurais bien aimé que ça soit plus facile. Evidemment, j’en ai gagnés facilement à 9/10 ans mais, sur les meilleurs joueurs de ma catégorie, je peux te dire que j’ai souffert, et c’est surtout ça dont je me rappelle. Quel que soit l’âge, à 9, 10, 11 ou 30 ans, il faut souffrir pour gagner.

Quels souvenirs gardes-tu de ta victoire (6/7, 6/2, 7/6) contre Roger Federer, n°1 mondial, en 2005, toujours à Monte-Carlo ?

– Cela sort un peu de nulle part encore. Bon, j’avais gagné deux Challengers en Italie avant et j’étais en confiance. J’étais 101e mondial, j’arrive en quarts contre lui (Federer), et je me dis : « Qu’est-ce qu’il va se passer ? » Je n’en avais aucune idée. Si ça se trouve, je vais prendre deux bulles. Je me souviens avoir parlé de ça à mon père avant le match. Et après, tu te retrouves à gagner 7/6 au troisième et c’est totalement incroyable.

“J’étais le meilleur de l’histoire en France à cet âge-là mais il y a eu beaucoup trop d’attentes.”

Au final, jusqu’à 19 ans, tu as toujours eu beaucoup d’attentes autour de toi mais tu as toujours répondu à ces attentes.

– Oui, c’est clair, mais ça met des attentes encore plus fortes car tu fais un truc tellement incroyable. Derrière, il faut vraiment être très solide.

A quel moment l’attente autour de toi a-t-elle été la plus pesante ?

– Vers 16 ans, après avoir gagné contre Squillari. J’ai bien joué cette année mais la suivante a été dure. J’avais 16/17 ans et tu dois progresser sans avoir tout le temps cette lumière sur toi et cette attente qui est pesante en France. Dans les autres pays, en Espagne ou autres, ils s’en foutent. En France, c’est trop. Je n’ai pas peur de le dire, j’étais le meilleur de l’histoire en France à cet âge-là mais il y a eu beaucoup trop d’attentes. Quand tu es jeune, adolescent, il faut grandir et s’entraîner dans la quiétude et ce n’était pas du tout le cas.

“Nadal, c’est le plus grand joueur de l’histoire sur terre battue et un des plus grands athlètes de l’histoire du sport.”

Quand Nadal, qui a le même âge que toi, qui est aussi précoce, explose en 2005, as-tu eu plus ou moins de pression ?

– Il a bien explosé même en gagnant Roland-Garros. Je ne me suis pas posé cette question. Il était tellement incroyable. Entre Monaco où je le joue (défaite 6/7, 6/4, 6/3) et Roland-Garros où je le rejoue (défaite 6/4, 6/3, 6/2), je vois déjà la différence. Je vois qu’il joue déjà beaucoup mieux et il gagne le tournoi. Bravo. Il n’y a rien d’autre à dire. Je n’avais pas de pression par rapport à lui. Il était plus fort.

Où s’est fait la différence entre lui et toi ?

– Au niveau physique, au niveau endurance. Comment veux-tu rivaliser avec Nadal ? Au niveau physique, il n’y aucun mec dans l’histoire qui a pu rivaliser avec lui. Il a gagné neuf Roland-Garros. On en a parlé avec Bruguera (Ndlr : son entraîneur). Il m’a dit : « Moi, j’ai fait un effort à me tuer pour gagner deux Roland-Garros et le mec en a gagné neuf ! » Il n’y a pas de discussion à avoir. C’est le plus grand joueur de l’histoire sur terre battue et un des plus grands athlètes de l’histoire du sport. Il ne faut pas avoir peur de le dire.

Tu as fait trois demi-finales en Grand Chelem, à Wimbledon en 2007 et 2015, et à l’US Open en 2013. A chaque fois, tu as perdu contre Federer, Djokovic et Nadal. As-tu des regrets sur ces matches ?

– Non, je n’ai pas de regrets. A chaque fois, je suis tombé sur eux au moment où ils étaient sur leur plus grande forme. En 2007, à Wimbledon, j’étais mort. J’avais battu Roddick la veille en cinq sets et je joue le grand Federer sur gazon. Je joue Nadal en 2013. Il fait Montréal / Cincinnati et il gagne l’US Open. C’est peut-être la meilleure période de sa vie. Et Djokovic à Wimbledon, il était plus fort aussi. Le seul regret, c’est qu’ils arrivent là. L’an passé à Wimbledon, Djoko perd deux sets à zéro contre Anderson en huitièmes. J’étais à fond pour lui ce jour-là. En demies, j’aurais pu jouer Anderson ou Cilic et tu te dis que tu peux faire finale. Le regret est plus là que sur le match en lui-même où les trois ont joué à un niveau incroyable.

“C’est peut-être le moment le plus dur de l’histoire pour être dans les meilleurs.”

Quel est, pour le moment, le pire souvenir de ta carrière ?

– Je n’ai pas une défaite qui me revient plus que ça.

Le contrôle positif à la cocaïne, à Miami en 2009, t’avait marqué quand même.

– Le contrôle positif est largement au-dessus des 250 défaites que j’ai sur le circuit. J’ai eu des défaites difficiles mais cet épisode surpasse tout.

Quel est, pour le moment, le meilleur souvenir de ta carrière ?

– Les trois demies en Grand Chelem, c’était beau. Les tournois que j’ai pu gagner aussi (13 titres à ce jour). La victoire sur Federer à Monte-Carlo (2005), celle contre Roddick à Wimbledon (2007), la médaille aux J.O (de bronze, en double, avec Julien Benneteau en 2012) et la victoire sur Berdych, à Roland-Garros, en demi-finales de la Coupe Davis (2014), c’était cool, mais j’espère que le meilleur moment est à venir.

Quel est le plus beau point de ta carrière ?

– Le passing sur balle de match contre Federer en quarts de finale à Monte-Carlo était assez incroyable.

Tu as été 7e mondial en 2007. Tu es quasiment toujours dans le Top 20 depuis 2011. Que te manque-t-il pour franchir un cap supplémentaire ?

– Bah d’être plus fort. Servir mieux, être plus fort physiquement sur quelques tournois, la rapidité parfois, prendre la balle un peu plus tôt, plein de petits trucs qui font qu’il y a des joueurs incroyables devant. C’est une question de niveau de jeu et, pourtant, on essaye de progresser. Les quatre premiers sont là sur toutes les surfaces. C’est peut-être le moment le plus dur de l’histoire pour être dans les meilleurs car il y a beaucoup de densité devant.”

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1 COMMENT
  • mousse04
    Répondre

    “Cette attente médiatique accompagna Richie et pesa sur ses épaules durant toute sa jeunesse. A défaut d’être devenu une légende du tennis, le prodige fait une belle carrière et il s’est hissé parmi les plus grands joueurs français”

    Franchement il faut arrêter d’être hypocrite.
    En france, le tennis a un gros problème d’entraineur. On a (eu?) une génération de surdoué quand même. Gasquet, Monfils … et ils ont fait quoi?
    Rien.
    Ce sont des mecs qui auraient du gagner au moins 1 GC. Gasquet encore mieux en étant au moins TOP5 plusieurs années.
    Et on trouve quoi à dire? Il a fait une belle carrière? Faut arrêter de se leurrer. Il a gaché son talent c’est tout. Après il est peut-être plus heureux comme ça et c’est tant mieux. Mais clairement, en France, il y a une surprotection des DTNs qui font que nos jeunes ne percent pas plus loin que TOP20 alors qu’ils ont un potentiel de TOP3.
    J’ai fait du sport à haut niveau (hockey sur glace) et un jour on a eu un entraineur canadien, ou son état d’esprit c’était : “Tu t’entraines comme tu joues”. Il nous demandait une intensité dans les entrainements, c’était un truc de fou. Et bien je peux te dire que notre niveau s’est élevé à vitesse grand V.
    Puis il est parti et on a récupéré un entraineur français : tranquille quoi. Et ben effectivement, notre niveau a stagné.
    Bref, tout ça pour dire, qu’en France, on a peur de “faire mal” aux jeunes. Malheureusement, pour avoir des TOP3, il faut en passer par là.

    Donc pour moi, Gasquet est surement le joueur qui a le plus déçu dans sa carrière … même si à la fin, il aura fait une belle carrière !!!!

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