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Mansour Bahrami : « Les trick shots, je les faisais à 12/13 ans avec une pelle. »

Mansour Bahrami : « Les trick shots, je les faisais à 12/13 ans avec une pelle. »

Un grand classique de Mansour Bahrami. (Crédit David Rawcliffe/Propaganda)
Un grand classique de Mansour Bahrami. (Crédit David Rawcliffe/Propaganda)

Mansour Bahrami. Ce nom parle quasiment à tous les passionnés de tennis. Pourtant, le Franco-Iranien n’a été, au sommet de sa carrière, que 192e au classement ATP en simple et 31e mondial en double (2 titres et 10 finales, dont une à Roland Garros en 1989 aux côtés d’Eric Winogradsky). Un palmarès somme toute honorable mais qui n’a rien d’exceptionnel.

Cependant, le natif d’Arak est le seul joueur de l’histoire à être devenu une légende du tennis « à la retraite », une fois sa carrière professionnelle terminée. En effet, grâce à ses facéties, ses coups de génie, et sa capacité à amuser le public et à faire le show, Mansour Bahrami fait partie des figures incontournables du circuit vétéran. Régulièrement invité à travers le monde pour participer à des exhibitions, le sexagénaire est également à l’origine de la création du Trophée des légendes à Roland-Garros, qui ravit chaque année les spectateurs depuis 1998.

Lors des Internationaux de France 2015, Tennis Legend s’était entretenu avec le célèbre moustachu. Pour diverses raisons, nous n’avions pas été en mesure de publier l’interview pendant le tournoi. Nous avons donc fait le choix d’attendre l’édition 2016 et il est temps désormais de vous partager cet entretien mythique avec Monsieur Bahrami.

« Je ne pense pas être une légende. »

« Comment l’idée du Trophée des Légendes vous est-elle venue ?

– Je venais d’arrêter en 92. J’étais à Roland-Garros et ça m’embêtait de ne pas faire partie du tournoi. Je regardais les matches, j’étais toujours actif dans les exhibitions, et j’ai demandé pendant cinq ans au directeur du tournoi de l’époque de me laisser organiser cet événement. Au bout de cinq ans, il m’a dit : « Ecoute, tu m’emmerdes beaucoup. On va le faire. Ça ne va pas marcher mais on va essayer et, si ça ne marche pas, tu me lâches. » Je lui ai dit : « Pas de problème, je te promets que je ne t’embêterai plus si ça ne marche pas. » Voilà, je l’ai convaincu, on l’a fait (Ndlr : première édition en 1998), et ça a bien marché.

Les joueurs ont-ils répondu présents tout de suite ?

– Les joueurs, ce sont mes potes, je les connais. Ils ont tout de suite dit oui. Il y avait des vraies légendes de notre sport comme Rod Laver, John Newcombe, Roy Emerson, Tony Roche.

Cela fait quoi d’être devenu une légende après votre carrière professionnelle ?

– Oh, je ne pense pas être une légende. Les gens sont sympas de me dire ça mais ça me fait rire de l’entendre. J’ai essayé de promouvoir le tennis à ma manière. De toute façon, je n’avais pas le choix. Entre l’âge de 20 et 30 ans, je n’ai pas joué. Je ne pouvais aller nulle part. J’étais bloqué en Iran puis en France. Mes dix meilleures années, je ne pas pu pratiquer le tennis professionnel donc je jouais des petits tournois en France. Après, quand j’ai pu jouer, c’était un peu tard pour le simple.

« J’ai perdu des centaines de matches parce que j’ai voulu faire plaisir au public. »

Les gens viennent pour voir McEnroe, Noah, Wilander… mais également pour vous, pour voir vos facéties.

– Oui, il y a beaucoup de gens qui viennent pour moi parce que je les fais rire, parce que je les fais vibrer, parce que je fais tout pour qu’il soit heureux. Ça a toujours été ma priorité. J’ai perdu des centaines de matches parce que j’ai voulu faire plaisir au public, donc ils me le rendent bien.

Donc vous étiez également comme ça lors de votre carrière de joueur ?

– Je jouais déjà comme ça à l’âge de 12 ans. Je tapais les balles contre le mur avec un bout de bois parce que je n’avais pas de raquette. Les gens venaient, ils s’arrêtaient pour me voir, et ils me demandaient : « Comment tu fais ça, comment tu fais ci ? », et ça a toujours été comme ça. Je n’ai pas décidé de devenir un gars rigolo. Avec le palmarès que j’ai eu, je suis le seul qui fait des matches exhibitions à travers le monde car j’ai toujours fait plaisir aux gens. Même quand j’ai commencé à partir dans les tournois, on me payait des garanties pour aller faire des qualifications. Mon court, il était toujours plein et il y avait tout le temps des joueurs qui venaient me voir jouer. Ça arrive très peu en général.

Mansour Bahrami contre Boris Becker lors d’un match officiel à Hambourg en 1988 :

« Je faisais les coups que vous voyez à l’âge de 12/13 ans avec une pelle. »

Parmi tous les trick shots que vous réalisez, quel est le plus difficile ?

– (Il réfléchit) Je ne sais pas, je les fais assez aisément. J’ai toujours fait ça. Je faisais les coups que vous voyez à l’âge de 12/13 ans avec une pelle ou un bout de bois parce que je n’avais pas de raquette. Une fois qu’on m’a donné une raquette, tout était plus simple. Franchement, je les fais comme ça. Je ne sens pas la difficulté.

Vous entraînez-vous beaucoup ?

– Non, je m’entraîne maximum 1h30 par semaine dont deux, voire trois fois, une demi-heure. Pas plus. Je n’ai jamais été un joueur qui s’entraînait beaucoup. A l’époque, quand je m’entraînais beaucoup, c’était 1h30/2h maximum. Maintenant, dans les exhibitions, je ne joue qu’en double. Je prends ma moitié de terrain et je me démerde.

Quel joueur vous a le plus impressionné durant votre carrière ?

– Quand vous entrez sur le court et que l’on dit : « Bjorn Borg, 11 Grands Chelems, McEnroe, 7 Grands Chelems, Jimmy Connors, 8 Grands Chelems », cela ne m’impressionne pas mais j’ai beaucoup de respect pour ces joueurs-là. J’ai eu aussi l’honneur et la chance de jouer avec des joueurs comme Rosewall, Rod Laver, John Newcombe, qui ont autour de 80 ans aujourd’hui, et ça a été un immense plaisir de jouer avec eux au début de ma carrière séniors.

Comment avez-vous eu l’envie de devenir joueur de tennis ?

– L’histoire est longue mais j’ai grandi dans le plus grand complexe sportif d’Iran, à Téhéran. Mon père était jardinier et, dès que j’ai commencé à marcher, à un an, je voyais des terrains de sport partout. J’ai joué au foot, au basket, j’étais un bon nageur et, quand je suis arrivé au tennis, ils m’ont donné un coup de pied au cul et ils m’ont dit de dégager. Je suis revenu. J’ai encore pris un coup de pied au cul. On m’a cassé la gueule car je n’avais pas le droit d’entrer ici et, finalement, ils m’ont dit : tu peux venir ici mais uniquement en tant que ramasseur de balles, parce que les courts étaient réservés aux riches. Donc je ramassais les balles et je me suis dit : cela sera mon sport. Je pense que si on ne m’avait pas cassé la gueule, j’aurais peut-être joué au football mais comme c’était interdit et que je suis très têtu, je me suis dit : ils veulent me virer, ils ne veulent pas de moi, mais je vais leur montrer que je veux faire ça et je l’ai fait. Après, je suis devenu le meilleur joueur d’Iran et un des meilleurs joueurs d’Asie mais, avec la révolution, l’ayatollah, j’étais bloqué en Iran. Je ne pouvais plus sortir donc c’était compliqué.

C’est toujours impossible de refaire l’histoire, mais pensez-vous que vous auriez pu avoir une meilleure carrière ?

– Bien sûr que je pouvais avoir une meilleure carrière mais, à quel point, je n’en sais rien. Il y a des spécialistes, des joueurs, qui m’ont dit que j’aurais pu faire une super carrière mais je n’en sais rien. Tout ce que je sais, c’est que je n’ai pas pu jouer pendant mes meilleures années d’athlète. Durant trois ans et demi, je n’ai pas touché une balle et après, pendant six ans, j’ai joué en France. Donc bien sûr que je pouvais faire mieux car tout ce que j’ai fait, c’était après 30 ans.”

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1 COMMENT
  • Sapiens Sapiens
    Répondre

    Si j’ai le choix entre rencontrer Bahrami ou Connors, je choisis Bahrami!
    Cool pour Tennis Legend!

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