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Entretien avec Thierry « Beef » Ascione, le co-entraîneur de Tsonga et Mahut

Entretien avec Thierry « Beef » Ascione, le co-entraîneur de Tsonga et Mahut

Thierry Ascione, alias "Beef", le co-entraîneur de Jo-Wilfried Tsonga et de Nicolas Mahut.
Thierry Ascione, alias “Beef”, le co-entraîneur de Jo-Wilfried Tsonga et de Nicolas Mahut.

L’origine de son surnom « Beef », les difficultés et les spécificités du métier d’entraîneur, Thierry Ascione, ex-82e joueur mondial et coach de Jo-Wilfried Tsonga, nous a accordé un entretien au Masters 1000 de Paris-Bercy 2014.

“Quel est le plus dur dans le métier d’entraîneur ?

– (Il soupire) Il y a tellement de choses qui sont dures mais le plus dur, voyager je pense.

Être loin de sa famille ?

– Oui, quand on a une famille, partir 40 semaines dans l’année, ce n’est pas simple.

Le travail principal d’un entraîneur, est-il plutôt technique, mental ou physique ?

– Cela dépend des joueurs qu’il a. S’il est très fort techniquement, on va passer plus de temps sur autres choses. Cela varie en fonction des qualités et des faiblesses de chaque joueur et des périodes dans l’année.

Et dans le cas de Jo-Wilfried Tsonga ?

– Un peu de tout en permanence, ça dépend des cycles. Pendant la préparation hivernale, par exemple, cela va plus être la technique. Après, dans une grosse période de tournois où il joue beaucoup, cela va être de la fraicheur psychologique. On s’adapte à lui tout le temps donc il n’y a pas vraiment de règles.

“Changer quelque chose avec toutes les certitudes qu’il a, ce n’est pas évident”

Plus un joueur avance dans l’âge, plus c’est dur de le faire évoluer techniquement pourtant.

– Oui, c’est vrai. C’est toujours possible mais c’est compliqué. Il a tapé des millions de balles avec une technique spécifique. Du coup, changer quelque chose avec toutes les certitudes qu’il a, ce n’est pas évident.

Et par rapport à Tsonga, qu’aimerais-tu qu’il améliore techniquement dans son jeu ?

– Tout est assez bien. Après, ce sont des petits détails. Des fois, préparer un petit peu plus tôt en coup droit, parfois un peu plus bas, parfois mettre un peu plus de main. Cela dépend des surfaces, de plein de choses.

C’est-à-dire qu’il y a des choses qu’il améliore, puis il retombe dans ses travers et ainsi de suite ?

– Oui, car on y porte moins d’attention. En fonction des surfaces, on va se focaliser sur le service par exemple. Du coup, la technique en coup droit, on va un peu passer outre mais il faut le répéter sans arrêt pour que ça devienne encré et que l’on n’y pense plus.

La pause vidéo de l’interview

Les vidéos avec des points de Thierry Ascione sont rares sur la toile. Malheureusement pour “Beef”, un des seuls est un immanquable contre Marat Safin au tournoi d’Estoril en 2004. Le Russe ne regarde même plus la balle et le Français fait la faute.

Est-ce plus stressant d’être joueur ou entraîneur ?

– Entraîneur.

Comment partagez-vous le travail avec Nicolas Escudé ?

– On partage en fonction des périodes. C’est Jo (Tsonga) qui dit un peu s’il veut l’un ou l’autre et puis on a Nico Mahut surtout, donc on s’adapte aussi beaucoup à lui. Quand l’un est avec Mahut, l’autre est avec Jo.

Tu as été joueur pendant longtemps, trouves-tu que l’entraînement a évolué au cours du temps ?

– Oui, ça a beaucoup évolué. C’est beaucoup plus dur maintenant. Le niveau de jeu moyen est tellement haut qu’il faut être un sacré athlète et très bien préparé pour gagner des matches maintenant.

“Les entraînements s’adaptent aux leaders”

Dans quel sens l’entraînement a-t-il évolué ?

– Les quantités d’entraînement, la précision dans l’entraînement, ce sont des choses très très précises. Avant, on allait courir, on faisait un peu de muscu. Maintenant, on est dans une machine, on fait des tests. En fonction des tests, on va faire 57 séances bien précises à la minute près, au gramme près.  Le haut niveau est tellement exigeant qu’il faut être très précis.

Au niveau des outils technologiques, est-ce que tu travailles beaucoup avec la vidéo, avec des capteurs ou autres ?

– On se sert de la vidéo sur les matches. Après on utilise obligatoirement les stats, les pourcentages de services, les pourcentages de zones mais pas de capteurs.

Comment vois-tu évoluer l’entraînement dans les années à venir ? Penses-tu qu’il y a encore beaucoup d’évolutions ?

– Les entraînements s’adaptent aux leaders. C’est-à-dire que les mecs jouent tellement vite, tellement fort, tellement tôt que l’on essaye ensuite de travailler à l’entraînement pour que les joueurs soient plus rapides, plus puissants, plus véloces, plus relâchés, plus endurants. Ce sont les leaders qui tirent, il n’y a pas de révolution. Pour mieux retourner, il faut être plus réactif. Pour être plus réactif, il faut être plus puissant etc. Ce sont des mécaniques qui paraissent assez simples mais, au quotidien, ça ne l’est pas.

“On m’appelait le Beef car il ne fallait pas trop m’embêter”

D’où te vient ce surnom de Beef ?

– Bah regarde-moi (rire). Je fais 40 kg de plus que tout le monde. Justement, tu parles d’évolution mais quand je suis arrivé sur le circuit, il n’y a pas un mec qui frappait comme moi. Trois/quatre ans après, avec l’évolution du matériel, il y a des mecs qui frappaient aussi fort que moi en faisant 30 kg de moins, donc ça commençait à être difficile.

Qui t’a donné ce surnom  ?

– Quand j’étais à Boulouris (un pôle France), j’avais 15 ans, on m’appelait le Beef car il ne fallait pas trop m’embêter (sourire).”

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