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Adrian Mannarino : « A Istanbul, une fille de 10 ans était en train de corder mes raquettes »

Adrian Mannarino : « A Istanbul, une fille de 10 ans était en train de corder mes raquettes »

Adrian Mannarino au Masters 1000 de Paris-Bercy 2014 (Dean Mouhtaropoulos - Getty Images)
Adrian Mannarino au Masters 1000 de Paris-Bercy 2014 (Dean Mouhtaropoulos – Getty Images)

Le Français Adrian Mannarino n’est pas très médiatisé mais il gagnerait à l’être un peu plus. Posé, bavard, « Manna » est un bon client pour les journalistes. En dépit de quelques passages à vide, le gaucher de 26 ans est un abonné du Top 100 ces dernières années mais il n’a pas encore réussi à franchir le cap qui lui permettra d’améliorer son meilleur classement à ce jour, une 49e place au classement ATP obtenue le 4 juillet 2011.

Dans une zone de classement délicate qui ne lui permet pas d’intégrer tous les tableaux, le Parisien est contraint d’osciller entre les tournois Challengers et les tournois ATP mais il prend tout de même énormément de plaisir sur le circuit. Tennis Legend a eu l’occasion de s’entretenir avec « La Manne » après sa victoire sur Pierre-Hugues Herbert au premier tour du Masters 1000 de Paris-Bercy 2014 et le 61e joueur mondial (classement au 3 novembre) avait quelques anecdotes sympathiques à raconter.

“Il faut faire preuve d’humilité. Si je repasse par les Challengers, c’est que je ne mérite pas d’être sur le circuit ATP”

“N’est-ce pas trop dur mentalement d’osciller entre les tournois ATP et les tournois Challengers avec ton classement qui est souvent proche de la 100e place ?

– C’est vrai que je suis sur un classement un peu bâtard. Je ne gagne pas assez de matches sur le circuit ATP pour le jouer toute l’année et je suis obligé de repasser souvent par les Challengers. Maintenant, il faut faire preuve d’humilité. Si je repasse par les Challengers, c’est que je ne mérite pas d’être sur le circuit ATP. C’est ce que j’ai toujours fait donc je suis un petit peu habitué. Dans le futur, j’espère que je serai plus sur les ATP, les Masters 1000 et les Grand Chelem plutôt que sur les ATP et les Challengers. Si ce n’est pas le cas, je continuerai car je prends quand même beaucoup de plaisir à être sur le circuit.

Quelle est la chose que tu préfères dans ta vie de joueur professionnel et celle que tu aimes le moins ?

– Celle que j’aime le moins et le plus à la fois, ce sont tous les voyages. Je déteste l’avion et je le prends malheureusement tout le temps. Ensuite, je suis très rarement à Paris où j’ai ma famille, mes amis, donc c’est parfois délicat. Il faut faire beaucoup de sacrifices mais je me suis mis dans la tête que ça durerait quelques années et que je devais faire les choses à fond. Quand je dois partir trois/quatre mois, ça me fait chier mais, maintenant, je suis prêt à le faire dans la tête et ce n’était pas forcément le cas dans le passé. J’avais souvent des hauts et des bas dans la tête et cela influait sur le tennis. J’arrive un petit peu mieux à le gérer.

Depuis quelques mois, je voyage avec Eric Prodon (son entraîneur – 83e mondial en 2011), c’est quelqu’un que j’appréciais déjà énormément sur le circuit quand on se côtoyait. On passe vraiment du bon temps ensemble. Je pense qu’on s’apprécie beaucoup et ça aide vachement à la vie sur le circuit, qui n’est parfois pas si marrante que ça. Peu de personnes ont la chance de voir autant de pays que nous. Cette année, je suis aussi bien allé en Australie qu’en Amérique du Sud ou encore à Tachkent (en Ouzbékistan) dernièrement et je trouve ça très enrichissant de faire le tour du monde. Ça, j’adore.

Quelle est ton activité principale quand tu patientes sur un tournoi ?

– En ce moment, je regarde des séries. J’aime bien aller faire des balades à pieds mais, le jour de match, on a toujours un petit peu peur de perdre de l’énergie, de l’influx donc on a tendance à beaucoup rester dans nos chambres et je regarde énormément de films et de séries. Au bout d’un moment, c’est un peu chiant mais je suis bien calé là-dessus au moins.

Quelles sont tes séries du moment ?

– Il y a The Walking Dead qui a repris et j’ai regardé Suits.

Première pause vidéo de l’interview : une compilation de points d’Adrian Mannarino

“Je vois une fille, qui avait maximum 10 ans, qui était en train de corder mes raquettes. Elle dépassait à peine la machine.”

Tennis Legend est friand d’anecdotes, est-ce que tu en as quelques-unes à nous raconter ?

– Il y en a énormément. Toutes les semaines, on voit des choses qu’on n’a pas l’habitude de voir en France. Justement, on en voit tellement qu’on n’a pas trop l’habitude de s’en souvenir. A Istanbul, je jouais la finale du Challenger il y a deux ans. J’avais des raquettes à faire corder et on me dit que le cordeur est en train de donner des cours et qu’il ne sera pas là avant le match. Finalement, on me dit « C’est bon, c’est bon, on va te les corder ». Vingt minutes avant le match, je vais chercher mes raquettes et je vois une fille, qui avait maximum 10 ans, qui était en train de corder mes raquettes. Elle dépassait à peine la machine. Je ne sais pas comment elle faisait. Ce sont des choses que l’on voit que sur des Challengers.

Ta raquette, elle était bien cordée au moins ?

– Elle me l’a abîmée (rire). J’ai la raquette qui est arrachée sur tout le côté maintenant. Le cordeur, il avait une machine qui avait facile 50 ans. Ce n’était pas une machine électronique mais avec des poids. Dans ces pays-là, je ne sais pas comment ils font mais ils se débrouillent bien. On arrive toujours à avoir un résultat assez correct.

Ensuite, dernièrement, j’étais à Tachkent. Là-bas, ils ont une particularité, tout le monde est taxi. Tu vas dans la rue, tu lèves la main et tout le monde s’arrête. Si c’est sur leur chemin, tu rentres dans la voiture, tu donnes un peu d’argent et tu fais le voyage avec eux. C’est marrant de voir des gens comme ça.

“Je me suis fait chier à mourir”

Quel est le pire Challenger ?

– Le pire, c’est difficile. Ça dépend sur quoi on se base. On a tous nos habitudes et nos préférences. Il y en a qui aime bien les Challengers car l’hôtel est super bien, d’autres qui aiment car le club est génial ou le service kiné est vachement bon. Moi, j’aime bien me balader et sortir un peu de l’hôtel. Juste après Wimbledon, j’ai passé une semaine à Manta en Equateur. J’ai déjeuné et dîné à l’hôtel toute la semaine et l’hôtel était collé au club. On nous a dit « la ville est dangereuse, ne vous baladez pas ». J’ai passé une semaine entre ma chambre et le club qui était à 200 mètres et je me suis fait chier à mourir. Mais bon, comme je l’ai dit, quand tu vas sur un Challenger, tu sais pourquoi tu es là et il faut faire les sacrifices et se motiver en se disant que ça ne va durer qu’une semaine et que si les choses se passent bien, ça va sourire par la suite.

D’un autre côté, les meilleures anecdotes, ce sont toujours les mauvais souvenirs…

– C’est vrai. Après Tachkent, j’avais prévu d’aller en Inde avec mon entraîneur, Eric Prodon. Il est fan de tous ces voyages dans les pays un peu pourris et il m’a dit : « tu verras, dans dix ans, quand on se rappellera tous nos souvenirs, les meilleurs, ce sera les pays pourris qu’on a fait ensemble, tous les traquenards dans lesquels on est tombés ». C’est sûr que si tu joues Orléans et les tournois en France, les années passent sans aucun accroc.

Quand j’ai commencé les Futures en Pologne, ou dans les pays comme ça, je n’avais pas beaucoup d’argent. On essayait d’économiser au maximum car, sur les Futures, on ne gagne rien, donc on faisait les raccrocs. On marchait deux heures plutôt que de prendre le taxi, on faisait des choses dont je n’ai plus l’habitude. Je me suis un peu embourgeoisé mais j’adore garder des bons souvenirs. Quand je dois aller sur des tournois un petit peu moins bien comme je l’ai fait cette année en deuxième partie de saison, ce n’est pas une si mauvaise chose que ça avec du recul.

As-tu d’autres anecdotes sur les tournois Futures ?

– J’ai eu la chance de bien jouer assez vite. J’ai voyagé deux fois pour des qualifs en Pologne et aux Emirats et je me suis dit « plus jamais ». Ou je joue en France et je joue bien et j’aurai le niveau pour aller en Challenger ou je ne le ferai pas. J’ai joué uniquement en France et en Angleterre donc il ne se passait pas grand-chose mais j’ai eu la chance de monter assez vite au classement et de passer sur les Challengers rapidement. Après, j’ai plein de potes qui jouent des Futurs ou des Challengers. Je les côtoie à Paris et ils me disent : « putain, c’est l’enfer, je ne gagne pas un rond, c’est difficile ». J’ai un pote qui était au Zimbabwe la semaine dernière, un autre qui était parti trois semaines en Iran. Eux, ça serait assez intéressant de les interviewer car ils doivent avoir des belles anecdotes aussi.”

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